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Le Monde Dentaire
- n° 84 - Octobre - 1997 – Jean-Marie LANDOUZY – Joël
Ferri - Jacques CLAIRE - Michel DONAZZAN - Guy HAMME – R. Fenart Service de Chirurgie
Maxillo-faciale et de Stomatologie, CHRU de Lille. RésuméLa dimension verticale est un paramètre qui n'est pas souvent pris en compte dans les dysfonctions temporo-mandbulaires.et dans des reconstitutions prothétiques. Il en résulte des échecs au traitement de la DTM et des troubles apparaissant après des reconstitutions prothétiques n'ayant pas respecté les règles de celle-ci. Nous rappelons certaines règles élémentaires. I - Introduction
La face doit avoir un équilibre tant sur le plan esthétique
que sur le plan fonctionnel. Les canons de la beauté ont permis, dans un
premier temps, de prendre conscience de cet équilibre. Léonard de Vinci préconisait
déjà une forme d'analyse permettant à l'artiste de créer un visage agréable.
Cet équilibre, repris ensuite comme référence, est la règle de la statuaire
antique. Les proportions du visage par Léonard de Vinci
Figure 1 Schéma tiré de La dimension verticale de l'étage inférieur de la face par Robert Samoian, repris par E. Cambier. Conception de l'égalité entre les trois étages de la face.
Figure 2: Conception de l'égalité
entre les trois étages de Il est certain, que cette règle ne peut s'appliquer qu'à
des sujets parfaits, et qu'elle ne différencie pas la dimension verticale
d'occlusion et la dimension verticale de repos. Il faut considérer que les critères
artistiques ne prennent pas en compte les multiples formes des crânes, liés à
la biotypologie des individus, notamment, les différences entre les dolichocéphales
et les brachycéphales. L'importance extraordinaire, des relations entre la
dimension verticale et les troubles des articulations temporo-mandibulaires, nécessite
une étude détaillée. Cette relation détermine, soit un facteur déclenchant
ou favorisant les dysfonctions, soit un paramètre important dans le traitement
et la stabilisation de ces troubles. Les dimensions verticales se décomposent
en: - dimension verticale d'occlusion (D.V.O.), - dimension verticale de repos (D.V.R.), Leur importance
est considérable, et on peut affirmer que la dimension verticale d'occlusion
est un des piliers de l'Art Dentaire. II - Définitions
Les définitions de la D.V.O. sont nombreuses, nous en
avons choisi quelques unes qui nous semblent intéressantes. Chaput et Tabet: "La D.V.O. correspond à la position terminale habituelle d'intercuspidation. La D.V., elle, intéresse toute la hauteur de la face, par convention cependant, en pratique, on désigne ainsi la hauteur de l'étage inférieur de la face, ou, plus précisément, la distance qui sépare le point sous nasal du gnathion". Lejoyeux: "La D.V.O. est la hauteur de l'étage
inférieur de la face, ou, plus simplement, la distance qui sépare le point
sous-nasal du gnathion, pendant la phase d'occlusion". Le point sous-nasal se définit comme étant l'épine
nasale antérieure. Le gnathion est parfaitement définit par Savoyet et
Touret: "C'est le point choisi le plus antérieur de la partie la plus déclive
de la protubérance mentonnière". Nous avons vu, qu'idéalement, la règle
de la statuaire antique donnait à la D.V.O. une règle de proportion par rapport
à III - Règles d'établissement de la D.V.O.
Il est difficile d'établir une règle absolue pour définir une D.V.O. Les différents facteurs qui font obstacle à la mise en place d'un critère absolu sont: - la biotypologie des individus: brachycéphalie ou dolichocéphalie. - les classes I, II et III en orthopédie dento-faciale Brachycéphalie
Figure - 3: Brachycéphalie,
manque de hauteur faciale inférieure. (Dessin E. Cambier). Dolichocéphalie
Figure - 4: Dolichocéphalie,
hauteur faciale inférieure est trop importante. (Dessin E. Cambier). IV - Dimension verticale d'occlusion
A - Techniques cliniques, externes, d'évaluation de la D.V.O.
1 - La règle approchée de la statuaire antique
Normalement, les distances: point sous nasal - point du menton (gnathion) (L2), et point sous nasal - ophryon sont égales. L'horizontale tirée à partir de ophryon, passe au-dessus du sommet des sourcils (L1).
Figure - 5: Illustration de
la règle approchée de la statuaire antique, (Schéma tiré de La dimension
verticale de l'étage inférieur de la face par Robert Samoian, repris par E.
Cambier). Règle de mesure de la D.V.O.
selon la statuaire antique : L1 = L2 -2 - La règle de Willis
Figure -6: La règle de
Willis. (Schéma tiré de La dimension verticale de l'étage inférieur de la
face par Robert Samoian, repris par E. Cambier). Cette mesure donne une égalité entre la distance point sous nasal -
pointe du menton, et la distance bord externe de la lèvre - milieu de la
pupille. Cette mesure a été fortement contestée : - Harvey, en 1948, trouve qu'elle ne correspond que pour 27% des sujets. - Bowman A.J. & Chick A.O., en 1962, ne trouve que 9% de cas
correspondants. - Chaput A., en 1968 : "Ces relations idéales ou universelles nous
semblent arbitraires et ne tiennent pas compte des variations individuelles
comme les dysmorphoses". Dans les cas d'édentation partielle unilatérale elle donne au
chirurgien-dentiste une idée de la D.V.O. du sujet. Nous la trouvons intéressante
dans le traitement des articulations temporo-mandibulaires, dans la mesure où
elle permet de comparer la D.V.O. des deux côtés de la face. B - Techniques radiographiques
La téléradiographie de profil, en occlusion, par le tracé céphalométrique,
permet de déterminer avec précision la D.V.O. Parmi les différents tracés
existants, nous en citerons trois. 1 - La mesure radiologique à partir de la téléradiographie de profil selon la technique de Ricketts.
Figure - 8: Tracé téléradiographique
selon Ricketts. Technique du tracé: Pour construire le point XI, sur la branche montante de la mandibule,
tracer une perpendiculaire au plan de Francfort (située sur le contour de la
fente ptérygo-maxillaire, à mi-distance entre son point le plus haut et son
point le plus postérieur). Déterminer les points RI: sur le bord antérieur
de la branche montante, prendre le point le plus postérieur. R2 : sur le bord
postérieur, face à RI. R3: point le plus inférieur de l'échancrure sigmoïde.
R4: sur le bord inférieur de la mandibule face à R3. Tracer des perpendiculaires
au plan de Francfort passant par les points RI et R2 et des parallèles au plan
de Francfort passant par les points R3 et R4. Ces lignes déterminent un
rectangle, dont le point de rencontre des diagonales détermine le point XI.
Joindre ce point à l'E.N.A. et au point P.M., pour déterminer l'angle facial
inférieur. Cet angle est normalement de 47° avec une variation possible de
± 4°. 2 - Selon la règle de proportions dite de Wylie
Figure - 9: Tracé sur téléradiographie
de profil selon Wylie. (Schéma tiré de "La dimension verticale de l'étage
inférieur de la face par Robert Samoian, repris par E. Cambier). Wylie s'est basé sur les travaux de Brodie en 1941, Herz- berg et Holic
en 1943 pour établir la proportion de 43 et 57%. Sur une ligne tracée du
nasion à la pointe mentonnière la distance entre le nasion et l'E.N.A. doit
représenter 43% et la distance de l'E.NA. à la pointe inférieure mentonnière
57%. 3 - La technique de Delaire:
Figure 10 - Tracé de La ligne, qui indique la D.V.O., est Compte tenu des différences morphologiques des individus, s'il ne peut être
fait de règles immuables en matière de D.V.O., il faut considérer que
Ricketts laisse une marge de 8° entre la perte et l'augmentation de D.V.O. Les
rapports, en pourcentage, de Wylie et de Delaire, ne précisent pas de
variations possibles. V - Facteurs influençants la D.V.O.
A - Provoquant une diminution de la D.V.O.
1° - Causes inhérentes au patient
- infra-alvéolie dentaire
molaire acquise ou constitutionnelle, - interposition linguale (déglutition
atypique) classe II, - abrasion par bruxisme. 2° - Causes inhérentes au patient ou au praticien
- perte de molaires et de
prémolaires non compensée, - résorption de l'os alvéolaire du corpus chez des édentés anciens. 3° - Causes
imputables au praticien - reconstitutions prothétiques
ayant sous évalué la D.V., - les meulages occlusaux
intempestifs et exagérés. B - Provoquant une augmentation de la D.V.O.
1°- Reconstitutions prothétiques augmentant la D.V.O,2°- Béance antérieure par pulsion linguale3°-Classe III
II faut préciser que, pour la béance
antérieure et VI - Troubles consécutifs à une D.V. inadéquate
A - D.V.O. augmentée
Selon Carlsson, Ingervall et
Kocak, sur des sujets âgés de 35 ans environ, en denture normale, la mise en
place d'une gouttière de 1°- Troubles esthétiques - étirements des plis
nasio-géniens, - difficulté d'obtenir une
occlusion labiale. 2°- Troubles morphologiques des tissus de soutien - résorption osseuse et
fibromuqueuse flottante, - lésions du parodonte, - perturbation de la longueur
optimale des muscles. 3°- Troubles des fonctions oro-faciales
par diminution de l'espace libre
entre la P.I.M. et la position de repos: - difficultés de déglutition, - difficultés masticatoires, - gêne phonétique, - algies cervico-faciales. 4°- Troubles des articulations
temporo-mandibulaires Une D.V. exagérée augmente la
pression de charge des articulations temporo-mandibulaires et peut provoquer
des usures cartilagineuses, qui seraient à l'origine d'arthrose secondaire. Par
contre, dans le traitement des affections des articulations
temporo-mandibulaires, il est fréquent d'augmenter la D.V.O., de manière modérée
et quelquefois progressive. Manns, Miralles et Guerrero ont
étudié l'électromyographie des muscles masséter et temporal, à différents
degrés d'ouverture buccale, à partir de l'occlusion, chez des sujets exempts
de troubles de l'appareil manducateur. Rugh J.D. et Drago C.J. constatent que
l'activité électrique des muscles élévateurs n'est pas minimale ou nulle,
lors de la position de repos mandibulaire. Il faut un espace libre occlusal de 1
à 5° - Troubles de la posture
cervicale et du corps en général Nous avons observé, que
l'augmentation de la D.V.O. provoque une position compensatoire du rachis
cervical. La tête se positionne de manière à maintenir un espace libre, cette
position entraîne une tension excessive des muscles supra et sous hyoïdiens. 6° - Difficultés respiratoires par la tension musculaire sur
l'entonnoir thoracique
Dans ce cas, la position de la
mandibule, de la tête, les tensions de la filière oro-pharyngée, peuvent
limiter la liberté de l'entonnoir thoracique. B - D.V. diminuée
1°- Troubles esthétiques
- plis nasio-géniens
augmentés, - vieillissement du visage, - perlèche aux coins externes
des lèvres. 2° - Troubles morphologiques favorisés par la perte de D.V.O. - résorption ostéo-muqueuse
de l'arcade mandibulaire antérieure, - troubles parodontaux par
supraclusion incisive. 3° - Troubles physiologiques - limitation des
mouvements mandibulaires, - limitation de l'ouverture
buccale, - limitation des mouvements de
diduction, - limitation des mouvements de
propulsion, - diminution de la capacité
masticatoire, - mise en flexion antérieure du
rachis cervical et accentuation de la cyphose dorsale afin de faciliter la
fermeture buccale et les contacts dento-dentaires, - perturbation de la déglutition
(peut provoquer l'interposition molaire linguale), - gêne phonétique, - algies cervico-faciales, - algies temporales, cervicales
postérieures, scapulaires, brachiales - douleurs cervicales antérieures
par tension des sous hyoïdiens - douleurs orbitaires,
glossodynies, otalgies. 4° - Transformation de l'activité musculaire Grabert T.M. a mis en évidence,
une hyperactivité des fibres postérieures du temporal et des fibres profondes
du masséter. Cette hyperactivité pouvait atteindre le chef moyen du temporal,
le digastrique et le génio-hyoïdien. 5° - Affections des articulations temporo-mandibulaires Le syndrome de Costen réunit
les affections suivantes: - signes auriculaires (altération
de l'ouïe, sensation d'oreille bouchée, tintements, douleurs, légers
vertiges, démangeaisons du méat acoustique externe), - signes de sinusite, - céphalées localisées au
vertex, à l'occiput et derrière les oreilles, - douleurs des articulations
temporo-mandibulaires, - sensations de brûlures de la
gorge, de la langue et des ailes du nez, - troubles salivaires (sécheresse
buccale). D'autres manifestations se
produisent au niveau des articulations temporo- mandibulaires: -
craquements, -
ressauts, - subluxation. Rozencweig D. range ces troubles
dans son appellation générale de Syndrome Algo-Dysfonctionnel des
Articulations Temporo-Mandibulaires (S.A.D.A.M.). Granados J.I., estime que la
perte de D.V.O. provoque des modifications des articulations
temporo-mandibulaires, avec aplatissement du tubercule articulaire. Shore N.A. pense que la perte de
D.V.O., par absence des groupes molaires et prémolaires, met le condyle en occlusion,
dans une position pathologique, forcée et comprimée, propre à engendrer des
inflammations et des dégénérescences ostéo-articulaires des articulations
temporo-mandibulaires. Smith S.D. a réalisé une étude
sur 25 joueurs de football professionnels, entre d'une part, les articulations
temporo-mandibulaires et les muscles de la sphère oro-maxillaire, et d'autre
part, la force de contraction des muscles du bras. Il a trouvé que le déséquilibre
de la musculature maxillaire pouvait avoir des répercussions dans tout le
corps. VII - Conclusion
La D.V.O. est fixée par les pièces osseuses en présence.
Elle ne représente donc pas une entité fonctionnelle à elle seule. La D.V.R.
(dimension verticale de repos) est plus fonctionnelle. Si elle est directement dépendante
de la D.V.O., dont elle doit s'accommoder, elle permet, lors des traitements
dentaires, de voir si les fonctions buccales ne sont pas perturbées par la mise
en place de prothèses ou d'une gouttière de libération occlusale. La liste des conséquences, d'une mauvaise évaluation de
la dimension verticale d'occlusion montre, à quel point, elle joue un rôle
important dans les fonctions oro-faciales, dans le maintien de l'intégrité
des tissus et dans l'équilibre des articulations temporo-mandibulaires. Elle
ne peut, à aucun moment, être ignorée ou mal évaluée. Le travail sur la D.V.O. et la D.V.R. doit se faire en accordant la plus grande attention au confort du patient, et en respectant ses fonctions buccales. Il s'agit là d'un critère essentiel dans le traitement des dysfonctions des articulations temporo-mandibulaires, pour ne pas effectuer de traitement iatrogène. |
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