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APPROCHE MULTIDISCIPLINAIRE DE LA CEPHALOGENESEpar
R.FENART Je
tiens à remercier tout particulièrement Jean- Marie Landouzy pour sa
collaboration efficace sans laquelle cette présentation n'aurait pu avoir
lieu. RESUME Pour tenter de comprendre la genèse de l’extrémité céphalique humaine, le recours à l’embryologie est, certes, indispensable. Mais tout se passe comme si l’on voulait accéder au 50° étage d’un immeuble en prenant l’ascenseur au 49°. Bien des choses se sont déroulées depuis des centaines de millions d’années où les premiers Vertébrés sont devenus discernables. Seul un recours à diverses disciplines est susceptible de nous éclairer sur les rapports qui s’établissent entre elles, entreprise qui peut se révéler parfois fort difficile ! C’est cette « folle aventure » que nous allons tenter, par un texte assez réduit, mais bien illustré. Le lecteur ne pourra cependant s’empêcher de déceler quelques failles et imprécisions qu’à l’avenir les recherches tous azimuts combleront peut-être ? Mots-clés : céphalogenèse, crâniogénèse, phylogénèse, ontogénèse, paléontologie ATM, méthode vestibulaire. Texte oral, d’après des conférences faites, (1999) devant les étudiants de la Faculté d’Odontologie de Lille, et (2004) à l’Institut G.EASTMANN de Paris. La notation G et D de notre iconographie se rapporte à une double projection durant ces exposés. _______________________________________________________________ L'Homme est le plus évolué des Vertébrés. Il appartient au Règne animal et, comme tel, il est astreint à une double servitude : 1° Assurer la survivance de son espèce par la fonction de reproduction, ce qui implique 2° Le maintien de l'intégrité de son individu, notamment par les fonctions de nutrition et de respiration. 1 - La tête d'un Vertébré est le support organique de ces deux dernières fonctions. Sa bouche, alertée et guidée par les organes des sens céphaliques (et aussi, chez les Poissons, par ceux répartis sur l'ensemble du corps), apparaît ainsi comme son élément essentiel. Ce Silure (1G) qui vous montre les dents illustre mon propos, mais moins bien encore que ce Poisson des grandes profondeurs l’Eurypharynx (1D), appelé vulgairement "Grandgousier" ou "sac à vin" dont le corps entier n'est qu'une bouche! - pour vous donner une idée de l'échelle, on voit, vers l'avant, l'œil (en rouge).
1G
1D 2 - Alors, dira-t-on, quelle est la place du cerveau dans cette conception ? Chez un Vertébré inférieur, ici un esturgeon (2G), l’encéphale sert surtout à l’olfaction et à la gustation ; il est donc essentiellement au service de la bouche. Ce n’est que dans les stades bien plus évolués (2D exemple chez le nouveau-né humain) que le cerveau, par son télencéphale, va pouvoir jouer d’autres rôles.
2G
2D 3 - Une partie nouvelle - le néo pallium- (en rouge sur les figures 3G & 3D) va apparaître et s'insinuer entre les parties anciennes (archi. et paléo pallium, ici en jaune et en bleu), pour les réduire à l'état de reliquats. Etant donné l'importance du sujet, la phylogénèse cérébrale ne pourra pas être traitée ici.
3G
3D 4 - Ce qui précède nous amène à poser la question de la définition des termes neurocrâne et splanchnocrâne. Les considérations fonctionnelles qu'elles impliquent ne coïncident pas forcément avec l'aspect topographique. Chez un Mammifère (comme le chien - 4G), les limites sont bien tranchées entre le contenant osseux du cerveau et celui de la bouche et des fosses nasales. Mais, à quoi faut-il rattacher les "capsules" sensorielles? La région olfactive et les orbites sont en position faciale, et pourtant les première et deuxième paires de nerfs crâniens qui s'y rendent ne sont autres que de véritables lobes du cerveau. La situation de l'oreille interne, (telle celle du cheval - 4D) dans le temporal, est classiquement neurocrâienne; mais le nerf auditif ne peut, en aucune manière, être assimilé à une émanation encéphalique. Les récentes découvertes sur les poissons Crossoptérygiens fossiles ont nettement démontré que la région de la base du crâne répondant aux 3 paires de capsules sensorielles était constituée en grande partie, par les portions hautes des arcs squelettiques branchiaux, donc à signification splanchnocrânienne. Cela est en conformité avec les données embryologiques puisque les capsules et les arcs ont une origine commune, dans la crête neurale. Les faits sont donc complexes mais, en pratique, chez l'Homme, les appellations classiques de neuro- et de splanchno-crâne peuvent être maintenues, en se souvenant que les supports des organes des sens, situés à leur limite, posent des problèmes d'interprétation, selon qu'on en considère la topographie ou l'origine fonctionnelle phylogénique.
4G
4D 5 - D’autres termes utilisant
le mot crâne sont encore employés. Ils concernent un état : membraneux
(desmocrâne), ou cartilagineux (chondrocrâne),
ou osseux (ostéocrâne). Il peut s’agir - soit de l'état du squelette céphalique
de Vertébrés adultes (chez lesquels la paléontologie a démontré
que l'évolution s'était faite du cartilage vers l'os, (ou inversement par
"involution") chez d'autres espèces, - soit de stades ontogéniques
pour un sujet donné, selon le mode d'ossification. Celle-ci peut être
achondrale (ou "membraneuse" ou "dermique") à partir du
desmocrâne; elle peut encore être endochondrale, périchondrale, ou
parachondrale pour une ossification dite "de substitution" ou
"de remplacement", à partir du chondrocrâne. En effet, dans ces 3
derniers cas, un centre d'ossification peut prendre naissance soit dans le cartilage, soit autour de
lui, soit à son contact immédiat (5G)
5G Nous n'insisterons pas sur l'aspect histologique de
l'ossification se produisant à partir de matrices cartilagineuses, qui est
connue classiquement. Par contre, la figure 5D évoque la nouvelle théorie dite "lépidomoriale" concernant la
formation d'os "dermiques". (D'après
Orvig - 1951). L'élément de base,
le lépidomorium, s'organise autour d'une boucle vasculaire. Lorsque plusieurs
d'entre eux fusionnent, il s'agit de la modalité "synchronomoriale".
C'est ce processus qui intervient par exemple, sur la voûte du crâne en
expliquant sa variabilité par la présence
d'os wormiens, et aussi lors de la genèse des écailles et des dents,
chez les Vertébrés.
5D 6 - La compréhension
de l'édification céphalique nécessite la convergence de disciplines
diverses qui se complètent les unes les autres. La base de notre connaissance
est l'anatomie humaine, qu'il faut compléter par celle d'autres espèces, de
plus en plus "primitives", afin de se faire une idée de la phylogénèse
de la tête et plus particulièrement de son support squelettique. La notion
de phylogénie n'implique pas nécessairement celle de filiation entre deux
degrés évolutifs successifs, mais renseigne sur les principaux changements
qui se sont produits par étapes (les
"stégies"), comparables à celles qu'ont dû traverser les Vertébrés
lors de leur évolution réelle. Celle-ci est révélée, au moins de façon fragmentaire,
par la Paléontologie qui étudie les fossiles
dont certains constituent des chainons rétablissant une certaine continuité
de l'évolution. On sait d'ailleurs maintenant que celle des Vertébrés
n'a pas été monophylétique, mais polyphylétique,
(6G) avec 8 lignées ayant chacune son ancêtre propre, et ceci dès
avant le Cambrien, c'est à dire il y a 500 millions d'années. Avant cette période,
que s'est-il passé? A vrai dire, on
l'ignore et l'on ne connaitra sans doute jamais leur hypothétique précurseur
commun, sans squelette fossilisable et qui a, de plus, subi la destruction
massive consécutive au métamorphisme des roches. Certains auteurs le situent
cependant très loin, à 2 ou 3 milliards
d'années !
Quant à l'embryologie humaine (évoquée en 6D par un fœtus
humain), son intérêt est indiscutable, mais elle a l'inconvénient majeur
de n'évoquer, en accéléré, que les derniers stades de l'hominisation, en
"compilant" tout ce qui existait avant. "Certains
phénomènes sont si anciens que, lors de l'ontogénèse humaine,
on n'en trouve plus trace" écrivait
HAECKEL en 1877. D'où l'intérêt de
connaître aussi l'embryologie d'espèces situées à des "étages"
inférieurs (notamment les Poissons Sélaciens),
et de compléter les investigations par des recherches d'embryologie
"causale" (ou expérimentale).
7 - A titre de
rappel de l'organogénèse de l'appareil viscéral de la tète humaine, voici
(7G) une
vue latérale résumant la formation de la face, avec :
l'emplacement des placodes à l'origine
des futures capsules sensorielles, les bourgeons de la face, les arcs
branchiaux dans leur partie visible, externe, avec leur numérotation classique
: 1=
mandibulaire avec son bourgeon maxillaire, 2= hyoïdien,
et les 3 et 4 qui suivent. Une
expansion du deuxième arc va
recouvrir les deux autres plus postérieurs; c'est l'homologue de
"l'opercule" des Poissons. Le
premier sillon branchial est hyo-mandibulaire; il persiste et s'entoure des 6
petites éminences à l'origine du pavillon de la future oreille externe. La
figure 7D montre aussi un développement rapide de la zone encéphalique,
provoquant d’abord une flexion de la tête sur la région cardiaque, et qui
sera suivie d’une déflexion engendrant le cou, en avant.
7G
7D 8 - Pendant ce
temps, la face se modèle selon
des processus mieux visibles en vue frontale
(8G), après ablation de la région cardiaque. On y retrouve les bourgeons
maxillaires inférieurs et supérieurs, ainsi que 2 autres paires, les
bourgeons nasaux internes et externes limitant les gouttières olfactives.
Tous ces éléments encadrent l'orifice du stomodæum au fond duquel la
membrane pharyngienne est en voie de disparition. Entre
les bourgeons maxillaire supérieur et nasal externe se forme la fente
orbito-nasale. Puis une triple soudure de l'Y ainsi formé de chaque côté,
va isoler l'oeil et la narine. Notez le mouvement
de "frontalisation" des yeux, lié au développement latéral télencéphalique,
en arrière de ceux-ci. Par ailleurs, on assiste à une ascension relative des
oreilles, consécutive au développement du massif facial entre elles,
faute de quoi les oreilles se soudent sous une bouche
disparue (otocéphalie, 8D).
8G
8D 9 - En cas de déficience de
soudure entre bourgeons, cela entraîne des monstruosités : par exemple une
"cyclopie" par manque de contact entre les bourgeons maxillaires et
les bourgeons nasaux. Un seul œil se forme, médian avec, au-dessus, une
"trompe" nasale (figure
9 G & D).
9G
9D 10 - Bien
entendu, vous connaissez les diverses variétés de "becs de lièvres"
tenant au fait que la lèvre supérieure est issue de la soudure entre
une portion médiane et deux portions latérales
(comme on le rappellera plus loin). Vous avez en 10G, un cas de fente unilatérale,
observé sur crâne sec; la photo
10D est celle de 2 sœurs "siamoises" soudées
par le thorax et présentant chacune un bec de lièvre (disposé "en
miroir").
10G
10D 11 - Les becs de lièvres peuvent s'étendre, vers l'arrière, aux gencives et au palais, comme l'explique (11G) cette vue ventrale d'un développement normal, après section horizontale passant par le stomodæum. On retrouve, à la 6ème semaine, les bourgeons faciaux dont la soudure va déterminer la formation de 2 canaux, de chaque côté : l'un s'ouvrant par la narine en avant et par le choane primitif en arrière, et l'autre devenant le canal lacrymo-nasal. Puis apparaissent, de chaque côté, un processus palatin antérieur et un processus palatin latéral. Ils convergent les uns vers les autres et sont porteurs des crêtes dentaires. Ils vont aussi se souder au septum nasal qui descend à leur rencontre. Sur le squelette, il en restera un orifice dédoublé : le canal incisif de STENSON. (Cet auteur, plus connu sous le nom de STENON a changé de nom en 1672, en passant du luthérisme au christianisme, et a même été nommé évêque in partibus infidelis de Titianapolis, ce qui démontre que l'embryologie mène à tout !!).
11G La figure 11D est une coupe vertico-frontale de la face d'un embryon de 7 semaines. Elle intéresse les mêmes bourgeons que précédemment. Le septum nasal est mieux mis en évidence, avec son cartilage qui, se poursuivant avec ceux des paries nasi, dessine un M majuscule (qui pourrait inspirer une chaîne de restauration rapide !). Les cornets se modèlent; le sinus maxillaire prend naissance et change de paroi où l'ossification "membraneuse" se développe. Lorsque la triple soudure s'est effectuée, le stomodæum (ou "bouche primitive") se trouve scindé par le palais, en bouche définitive dans laquelle migre la langue, et en fosses nasales droite et gauche. Sur
le septum nasal se trouvent les organes de JACOBSON. Ils sont vestigiaux
chez l'Homme, mais sont fonctionnels
chez de nombreux Mammifères.
11D 12 - En effet,
l'Homme se sert de la main pour introduire la nourriture à la bouche et a donc
la possibilité d'en apprécier, au préalable, la nature et la qualité. Ce
n'est pas le cas des quadrupèdes. Chez eux, un nerf olfactif
particulier (et complémentaire) issu de l'organe de Jacobson, leur permet
l'analyse de la nourriture au moment même où elle est saisie par le museau.
Cela est rendu possible par la persistance au niveau de la muqueuse, d'un
orifice mettant directement en
relation la bouche avec les fosses nasales (comme le montre la figure 12G,
chez un mouton). Chez l'Homme, cette communication bucco-nasale est obturée par
la "papille incisive". En 12D sont figurés les canaux palatins antérieurs
osseux chez un blaireau.
12G
12D 13 - Comme on l'a vu précédemment, sur une coupe, les centres d'ossification de la périphérie faciale vont prendre naissance dans la profondeur des bourgeons. Mais il persiste une certaine incertitude dans la correspondance exacte entre bourgeons et points d'ossification, car les bourgeons faciaux sont déjà soudés lorsque les os dermiques apparaissent. Cependant on admet généralement que l'os maxillaire répond au bourgeon du même nom (avec le palatin), et que le pré-maxillaire ou "os incisif" nait du bourgeon nasal interne. Comme le suggère la figure 13G, chez l'Homme, l'existence de 2 centres séparés (maxillaire et pré-max.) est douteuse, mais chez les Primates l'os incisif est bien individualisé, comme le montre la figure 13D où est tracée en rouge la suture maxillo-prémaxillaire chez un jeune gorille. (J'ai même pu désarticuler facilement le pré-maxillaire d'un gorille adulte).
13G
13D 14- Pour mémoire,
rappelons encore (14G) qu'aux "sillons" branchiaux ectodermiques
répondent des "poches" endodermiques, au nombre de 6, d'où dérivent
: la trompe d'EUSTACHE, les parois de
l'oreille moyenne, l'amygdale palatine, les parathyroïdes et
le thymus. Ventralement, la zone "copulaire" de réunion des arcs
branchiaux se réorganise et donne origine aux tubercules de la langue
(où migreront les muscles linguaux, comme on le verra),
l'épiglotte, la thyroïde et le tractus laryngo-trachéal.
14G Du côté dorsal du pharynx (14D) les correspondances branchiales s’estompent et le principal centre d’intérêt réside dans l’observation du trajet de la chorde. Celle-ci est attirée localement sous le bloc occipito-basilaire par la persistance de sa soudure embryonnaire avec l’endoderme, déterminant la bourse pharyngienne de LUSCHKA dans l’amygdale pharyngienne.
14D 15 - Il faut
maintenant revenir sur la formation de la voûte palatine car son importance a
été considérable dans l'évolution. La figure 15G montre que, à l'origine,
chez les Vertébrés, l'olfaction était
localisée dans des "sacs olfactifs" indépendants des voies respiratoire
et digestive. Puis, une communication - le
"choane primitif" - est
apparue entre les sacs olfactifs et l'oro-pharynx, ce qui a permis chez les premiers
quadrupèdes, dès leur sortie de
l'eau, à la voie respiratoire, de se séparer de la voie digestive, les
poumons remplaçant les branchies.
15G Le palais a pris naissance à partir de l'angle antéro-inférieur de la paroi du choane primitif, et sa poussée vers l'arrière a déterminé la formation du "choane définitif ". Les Batraciens n'ont pas de voûte palatine. Elle apparaît chez les Reptiles où elle peut être très réduite (comme chez les tortues) ou très développée (comme chez les crocodiles, et il en est de même pour les Oiseaux). Voici quelques stades de l'évolution du palais chez les Reptiles fossiles (15D) avec, en bas et à droite, la formation du canal palatin antérieur et la première participation de l'os palatin, au palais osseux. Voyez aussi les choanes. A partir de maintenant, nous appliquerons ce terme à la modalité "définitive » de ces orifices.
15D 16 -
Mais le palais est surtout une
caractéristique des Mammifères, y compris les fossiles
de ces derniers, comme le montre ce Cænotherium
(16 G) étudié par HURZELER en 1936. (Remarquez, au passage,
l'orientation "vestibulaire" qu'il avait effectuée à
cette époque).
16G Pour préciser l'origine paléontologique de la voûte palatine, donc des choanes, il faut remonter aux Poissons Crossoptérygiens. Chez l'un d'eux, devenu célèbre et qui est ici représenté (16D), il n'y a pas de choanes; c'est le cœlacanthe qui vit toujours au large de Madagascar. Il n'a pas évolué depuis le Dévonien (environ 350 millions d'années) et n'a pas eu de descendance évolutive.
16D 17 - A la même époque, existaient des espèces très proches du Cœlacanthe : les Poissons Rhipidistiens qu'on subdivise en Porolépiformes et en Ostéolépiformes. Ils ont disparu. Mais ils possédaient des choanes, et tous les tétrapodes en dérivent : d'une part les Batraciens Urodèles tels que les tritons (à partir du premier groupe) et d'autre part tous les autres (provenant du second groupe): Batraciens Anoures (grenouilles), Reptiles, Oiseaux et Mammifères, y compris l'Homme (17G). L'exemple le plus représentatif des Ostéolépiformes est l'Eusthénoptéron, ici représenté en 17D. On pourrait peut-être l'appeler "Adam" ? !!
17G
17D 18 - Cette
évolution a nécessité, chez les fossiles, le passage par des formes ressemblant
à ce Stégocéphale (18G), premier Tétrapode sorti du milieu aquatique, puis
à des Reptiles orientés dans le sens mammalien, tels que ces Synapsides Cynodontes
(18D).
18G
18D 19 -
Les notions classiques
d'organogénèse céphalique générale que nous avons évoquées sont
bien insuffisantes pour nous renseigner sur les composants profonds de la tête,
et notamment sur son squelette, aspect qui va nous occuper maintenant avec,
tout d'abord, l'origine embryologique des organites
céphaliques à partir des feuillets embryonnaires.
Au niveau du tronc, le
feuillet moyen, outre la chorde, se divise, de chaque côté,
en 3 parties; de haut en bas : l'épimère (ou somite), le mésomère (gono-néphrotome) et l'hypomère
(ou lames latérales). Par contre, au
niveau céphalique ici représenté
(19G), il n'y a jamais d'éléments
excréteurs et, chez les Vertébrés, ne se rencontrent là que les 2 autres
composantes. Quant au feuillet externe, la crête neurale
y joue un rôle important dans la céphalogenèse.
19G
19DSquelette
En plus de la coupe transversale schématique 19G, ses origines sont précisées sur le squelette d'un Crossoptérygien, en vue latérale (19D). Le somite, par sa partie médiane (le sclérotome) fournit le squelette d’origine cartilagineuse qui se positionne autour de la chorde (les « arcualies ») et aussi, par migration ventrale, l’entoglosse, os de la langue, représenté chez l’Homme par le septum lingual. L’hypomère céphalique n’est pas squelettogène. L’organogénèse du squelette de la tête fait aussi intervenir, de chaque côté, un ectomésenchyme provenant des crêtes neurales et de 2 rangées de microplacodes (épaississements ectodermiques non représentés ici). Leurs éléments se combinent pour donner naissance : 1° - aux 3 paires de
capsules sensorielles cartilagineuses (olfactive, optique et otique,
qui deviendront, chez l'Homme : la zone du crible ethmoïdal, la sclérotique de
l'œil et l'oreille interne). 2° - au squelette cartilagineux des arcs branchiaux, y compris leur participation au trabécule (crâne cartilagineux pré-hypophysaire), d'après CHIBON. 3°- à tous
les "os dermiques". C'est par un clivage selon l'épaisseur :
("délamination") que se
forme la pachyméninge ou dure-mère (d'après HOLMGREN : 1940). Ce
phénomène pouvant se répéter plusieurs fois, explique aussi bien la présence
de plusieurs couches d'os dermiques
(tortues, tatous...), que l'organisation des rayons des nageoires des requins,
le remplacement des bois des cerfs, et sans doute aussi l'existence de
plusieurs dentition chez les Mammifères et
l'Homme.
Muscles
La figure 19G montre aussi l’origine des muscles de la région céphalique. Les somites, par leur partie externe (myotome) fournissent les muscles "épibranchiaux", (oculo-moteurs), et aussi, après migration ventrale, les muscles "hypobranchiaux" (langue). Les hypomères donnent, par leur feuillet externe (ou somatopleural), les muscles "branchiaux", dans les arcs branchiaux; on les détaillera plus loin. GanglionsEnfin, rappelons que c'est à partir de cellules émigrées
de la crête neurale et des microplacodes que se forment les ganglions des
branches sensitives des nerfs crâniens et, à partir
d'eux, encore
par migration, les ganglions
du système nerveux autonome (parasympathique),
et la leptoméninge (pie- mère et arachnoïde). C'est l'embryologie expérimentale qui a grandement contribué à apporter les résultats qui précèdent. 20 -
Revenons maintenant à la description rapide des principaux stades
ontogéniques du squelette de l'Homme, pris comme type de Mammifère. Le
squelette crânien se présente tout d'abord sous la forme d'une ébauche mésenchymateuse dense, schématisée
en 20G chez un embryon de 15 mm pour
la base, en vue supérieure et en 20D pour le splanchnocrâne,
en vue inférieure. La chorde (en rouge) se termine derrière l'hypophyse. Latéralement
se dessinent les premières ébauches des ailes sphénoïdales. En avant, on
voit le septum nasi et les paries nasi. A ce
stade, le trou occipital n'est matérialisé que par son bord antérieur,
et la capsule otique est en voie d'édification. Les nerfs et les vaisseaux
permettent de positionner les éléments en
comparaison avec leur futur emplacement définitif. Sur la figure
20D, on observe les rapports entre les extrémités supérieures des arcs mandibulaire
et hyoïdien avec la région otique. En avant, les tout premiers centres d'ossification
membraneuse viennent d'apparaître, aux deux mâchoires. |